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Briller dans les ténèbres

In tenebris micare.

Proverbe fort commun pour exprimer un homme de bien auquel on peut se fier sans prendre de précautions. Erasme le rapporte d'après Cicéron. Les gens de la campagne, dit ce grand orateur, au livre III de Officiis, ont donné naissance à un proverbe, lorsque, pour louer la bonne foi et la probité de quelqu'un, ils disent qu'on pourrait sans risquer jouer à la mourre avec lui dans les ténèbres. La mourre est un jeu de la plus haute antiquité. Hélène, au rapport de Ptolémée, en fut l'inventrice ; elle y joua contre Pâris et le gagna. Ce jeu est purement de hasard ; sa perfection consiste dans l'agilité des doigts. HISTOIRE GÉNÉRALE DES PROVERBES T1 C. De Mery 1828

Vin de trois feuilles, maître vin

Vinum trifolinum.

Cela se disait chez les Romains d'un vin généreux qu'on avait gardé trois ans ou trois nouvelles pousses de feuilles. Martial se sert de cette expression dans ce vers :

Non sum de primo fateor trifolina lyœo.

On appelait aussi ces sortes de vins rois ou dynastes. C'est le surnom qu'on donnait au vin de l'île de Scio, qui jouissait d'une grande réputation parmi les Grecs. HISTOIRE GÉNÉRALE DES PROVERBES T1 C. De Mery 1828

Plus pauvre qu'Irus

Iro pauperior

Irus était un pauvre de l'île d'Ithaque, qui était à la suite des amants de Pénélope et qui se trouvait probablement le jouet de leurs caprices. Par opposition on disaitCrœso ditior, plus riche que Crésus, roi de Lydie, qui possédait d'immenses richesses. Les poètes se sont souvent servi de ces deux comparaisons proverbiales.
1° Ovide dit, liv. III, élég. VII, vers 42 :

Irus et est subito qui modo Crœsus erat

« De Crésus il devient Irus » vers qui peut admirablement bien s'appliquer à tous ces spéculateurs de bourse, qui aujourd'hui nagent dans l'opulence, et le lendemain se trouvent réduits, par l'effet de ce jeu infernal, à la plus affreuse misère. 2° Properce s'exprime ainsi, élég. IV, liv. III :

Non distat Crœsus ab Iro

« Il n'y a qu'un pas de la richesse à la pauvreté. »

HISTOIRE GÉNÉRALE DES PROVERBES T1 C. De Mery 1828

Sept à table, c'est raisonnable, neuf, c'est vacarme

Septem convivium, novem convicium

C'est le sentiment de Marcus Varron, qui ne veut pas que le nombre des convives excède celui des Muses, ni qu'il soit au-dessous de celui des Grâces. Vénus réclamerait contre cette prétention, malgré l'adage numero impari gaudet. En effet, la confusion règne dans une table trop nombreuse ; chacun ne pouvant s'entretenir qu'avec son voisin, cela fait un murmure continu et un mélange de voix discordant. Le sage ne peut placer son mot ni retrouver une pensée, et, comme le disait fort bien, dans un repas, le fameux Montmaur, impatienté du bruit confus des voix, tandis qu'on ne devait entendre que le mouvement des mâchoires et le cliquetis des dents :
Taisez-vous donc, Messieurs, on ne sait ce qu'on mange.

HISTOIRE GÉNÉRALE DES PROVERBES T1 C. De Mery 1828

C'est un Caton au-dehors, un Néron au-dedans

Intùs Nero, foris Cato
C'est une expression proverbiale attribuée à saint Jérôme, lorsqu'il voulait désigner un hypocrite. Caton était recommandable par l'austérité de ses mœurs, Néron connu par sa dépravation et sa cruauté. HISTOIRE GÉNÉRALE DES PROVERBES T1 C. De Mery 1828

Il a du foin à la corne

Fœnum habet in cornu.

Sicinnius, délateur banal qui suscitait des affaires à tout le monde, aux orateurs, même aux principaux magistrats de son temps, interrogé par quelqu'un pourquoi Crassus était le seul qu'il n'attaquait pas et qu'il laissait en repos, répondit : c'est qu'il a du foin à la corne. C'était en effet la coutume des Romains, quand il y avait des bœufs dangereux, de leur attacher du foin aux cornes, afin qu'en les voyant de loin on pût y prendre garde et s'en garantir. Ce mot de Sicinnius passa ensuite en proverbe, pour dire qu'un homme était à craindre. Horace s'en est heureusement servi en parlant des poètes satiriques (Sat. IV, liv. I) :

Fœnum habet in cornu, longè fuge.

« C'est une bête dangereuse, gardez-vous de l'approcher. »

HISTOIRE GÉNÉRALE DES PROVERBES T1 C. De Mery 1828

Il ne faut pas se familiariser avec les valets

Omnis herus sit servo monosyllabus
Les grands ne doivent parler à leurs inférieurs que par monosyllabes ; ceux-ci ont besoin de plus longs discours et de faire de plus humbles courbettes pour demander, prier et obtenir, que pour remercier. A Rome, c'était la coutume des grands d'appeler leurs esclaves en faisant claquer leurs doigts, sans leur parler. L'affranchi Pallas, accusé d'une conspiration contre Néron, répondit avec arrogance, quand on lui nomma quelques-uns de ses affranchis pour ses complices, qu'il ne leur avait jamais parlé que par des gestes de la tête et de la main, pour ne pas se familiariser avec eux par des discours. HISTOIRE GÉNÉRALE DES PROVERBES T1 C. De Mery 1828

L'autel ou la tribune de Lyon

Ara Lugdunensi
Juvénal cite ces mots comme un proverbe usité de son temps, dans les vers suivants :
Palleat ut nudis pressit qui caleibus onguem,
Aut Lugdunensem rhetor dicturus ad arum.

"Puisse-t-il devenir aussi pâle que celui qui, nu-pieds, marche sur un serpent, ou qu'un rhéteur prêt à monter sur la tribune de Lyon".
Il faut savoir, pour l'intelligence de ce proverbe, qu'après que Caligula eut reçu dans Lyon les honneurs de son troisième consulat, il y fonda toutes sortes de jeux, et particulièrement cette fameuse Académie nommée Athenœum, qui s'assemblait devant l'autel d'Auguste. C'était là qu'on disputait les prix d'éloquence grecque et latine, en se soumettant aux lois rigoureuses que le fondateur avait établies. Une des conditions singulières de cette institution, était que les vaincus, non seulement fourniraient à leurs dépens les prix à décerner aux vainqueurs, mais, de plus, qu'ils seraient obligés d'effacer leurs propres ouvrages avec une éponge ; et que, s'ils refusaient de le faire, ils seraient battus de verges, et même jetés dans le Rhône. HISTOIRE GÉNÉRALE DES PROVERBES T1 C. De Mery 1828

On n'y trouverait pas la queue d'un chien

Non canem relinquere
Expression proverbiale fort usitée à Rome, pour signifier une maison dont le maître s'était ruiné par ses profusions. Cette façon de parler était aussi en usage chez les Hébreux. On la trouve dans le Livre des Rois, en parlant de la maison de Nabal ; on dit qu'il n'y serait pas resté un chien pour faire ses ordures contre la muraille, non remansisset mingens ad parietem. Je crois qu'il faut meiens. HISTOIRE GÉNÉRALE DES PROVERBES T1 C. De Mery 1828

Les honneurs changent les mœurs

Honores mutant mores.
Plotine, femme de Trajan, fut une princesse plus vertueuse que belle. Ce qu'elle dit la première fois qu'elle entra dans le palais impérial est digne de remarque. En montant l'escalier, elle se tourna vers le peuple et dit, qu'elle entrait là telle qu'elle désirait d'en sortir. Elle souhaitait que la grandeur de sa fortune ne changeât pas ses mœurs, et que, quand elle serait obligée de quitter son rang, elle pût se retrouver telle qu'elle était en le prenant ; car elle savait, disait- elle en citant le proverbe, qu'il est très difficile de ne pas changer de mœurs en changeant de fortune. HISTOIRE GÉNÉRALE DES PROVERBES T1 C. De Mery 1828

Le clou est enfoncé

C'était un proverbe chez les Romains, lorsqu'il n'y avait plus de conseils à prendre sur une affaire, de dire que le clou était enfoncé. Ils avaient la coutume de mettre un clou de diamant ou plusieurs clous de fer entre les mains de la Nécessité, pour faire entendre que tout ce qui arrive est arrêté par le destin, et qu'il est inutile de se raidir contre lui. Sa statue la représentait avec des mains de bronze, dans lesquelles elle tenait un marteau et des clous. HISTOIRE GÉNÉRALE DES PROVERBES T1 C. De Mery 1828

Société Léonine

Societas Leonina.
Dans cette société, le partage des petits est la peine et le danger ; le lot des grands et des hommes puissants, est le profit sans danger. Il est peu prudent de faire société ou de contracter une alliance avec des hommes plus puissants que soi. Le parti le plus sage est de s'abstenir de tout commerce avec les grands. Notez tout ce qu'il en coûte de bassesses, de sacrifices, de dangers, de dégoûts, pour acquérir l'amitié et la protection variables des grands ; comparez les bénéfices que vous en retirez, vous trouverez que le gain ne compense pas la dépense : promesses magnifiques, toujours attendues en vain ; protestations de services, toujours dérisoires, c'est la seule monnaie avec laquelle ils paient vos peines et votre folle confiance. Lorsque vous êtes fatigué et honteux de tant d'abnégation de vous-même, vous demandez le remboursement des avances que vous avez faites, on vous paie en révérences, en monnaie de singe ; cessez de prodiguer l'argent, on vous met à la porte. La société Léonine est également réprouvée par la morale, les lois, la justice et l'honneur. HISTOIRE GÉNÉRALE DES PROVERBES T1 C. De Mery 1828

Il se gratte la tête avec un seul doigt

Uno digito scalpit caput.
Cette expression était passée en proverbe chez les Romains pour désigner un homme mou et impudique, mollis et pathicus. Sénèque a pensé que l'habitude de se gratter la tête avec un doigt dénotait les penchants les plus manifestes à la luxure et à l'impudicité. On adressait ce reproche à César et à Pompée, qui avaient cette habitude. Juvénal a consacré cette expression proverbiale dans le vers suivant :
Qui digito scalpant uno caput.
Un autre poète a dit :
Scalpit, quid credas hunc sibi velle ? Virum.
HISTOIRE GÉNÉRALE DES PROVERBES T1 C. De Mery 1828

Il a un nez de rhinocéros

Natum rhinocerontis habet.
Expression proverbiale et familière aux Romains. Un long nez, suivant eux, annonçait une grande disposition à la raillerie. Un railleur était désigné par le mot nasutus. Comme il n'est pas dans la nature d'animal qui ait le nez plus long (si on en excepte l'éléphant), ou plutôt une protubérance plus singulière que la corne qui surmonte les narines du rhinocéros, les Romains en avaient fait le type ou le caractère de la raillerie.  HISTOIRE GÉNÉRALE DES PROVERBES T1 C. De Mery 1828

Pieds d'Achille.

Achillei pedes
Parmi les grandes qualités physiques dont Achille était doué, Homère a vanté la légèreté des pieds du héros de son Iliade. On lui avait en conséquence donné le surnom grec de Podarchès, pedibus celer. Ce héros est trop connu pour qu'il soit besoin de donner ici aucun détail sur sa personne. Je relèverai seulement une petite contradiction dans laquelle est tombée la mythologie ; elle prétend qu'Achille était invulnérable, excepté au talon, par lequel on l'avait tenu lors de son immersion dans les eaux du Styx. Cependant un fait vient la démentir : le héros, irrité du refus qu'on lui faisait de la main de Polixène, sœur d'Hector, reprit les armes, et avoua sa faiblesse à Ménélas. A la première attaque, les Troyens plièrent, Hector seul resta ferme sur le champ de bataille. Achille ayant lancé son javelot contre le conducteur du char d'Hector, celui-ci se sauva, et Achille ne put le rejoindre qu'après la mort de Patrocle. Le Troyen Hélénus, caché dans la foule, profita de l'emportement d'Achille, uniquement occupé à la recherche d'Hector, et lança contre le prince grec une flèche, qui le blessa à la main, et le mit hors de combat. Les eaux du Styx n'avaient donc pas rendu sa main invulnérable ? Au reste, cette fiction d'invulnérabilité, qui devait rendre Achille moins intéressant aux yeux des braves, n'était point admise du temps d'Homère. Cette faculté tenait sans doute à une préparation dont on enduisait la peau, afin d'émousser le tranchant du fer, comme celle qu'employaient les gladiateurs chez les Romains pour rendre la peau plus ferme et plus dure.  HISTOIRE GÉNÉRALE DES PROVERBES T1 C. De Mery 1828