Imprécation devenue proverbe, pour dire qu'ils rendent plus qu'ils n'ont pris. En voici l'origine. Il y avait près de Temèse un génie malfaisant, dont l'analogue ne se retrouve aujourd'hui que parmi les vampires et les sangsues publiques, et qui forçait les habitans du pays à lui payer un tribut. Euthyme, athlète renommé pour sa force prodigieuse, les en délivra. Ayant trouvé moyen de pénétrer dans l'antre de ce brigand ou démon malfaisant, il l'obligea de rendre gorge bien au-delà de ce qu'il avait pris. Cette aventure a donné lieu au proverbe et doit s'appliquer à ceux qui font des gains illicites et qui ne leur profitent pas. Les Temésiens croyaient que ce mauvais génie était un des compagnons d'Ulysse, nommé Polile ou Alybante, que les habitants du pays avaient tué, pour venger l'honneur d'une de leurs filles qu'il avait outragée. Afin de l'apaiser, ils lui consacrèrent un temple, suivant l'ordre de l'oracle, et de temps en temps ils livraient à ce génie une de leurs plus belles filles. Ce fut pour la défense d'une de ces victimes dont Euthyme était devenu amoureux, qu'il combattit le génie. Chaque peuple a ses ogres et ses contes de fées. HISTOIRE GÉNÉRALE DES PROVERBES T1 C. De Mery 1828
Qu'ils éprouvent le sort du génie de Temèse !
Donner de l'or pour du cuivre. Donner un œuf, pour avoir un bœuf.
Ce proverbe employé par Elien, dans l'anecdote qui suit, tire son origine de l'échange que Glaucus fait avec Diomède, dans l'Iliade, chant VI. Glaucus, pour des armes d'airain du prix de neuf taureaux, donne à Diomède des armes d'or de la valeur d'une hécatombe. Voici l'historiette d'Élien : Dans le temps où Darius, fils d'Hystape, n'était encore qu'un simple particulier, Syloson, frère de Polycrate, tyran de Samos, lui avait fait présent d'une robe. Darius étant parvenu au trône, donna à Syloson la souveraineté de Samos, sa patrie ; c'est bien là, dit Élien, l'occasion d'appliquer le proverbe, de l'or pour du cuivre. HISTOIRE GÉNÉRALE DES PROVERBES T1 C. De Mery 1828
Il lui va comme un manteau à la lune.
Voici l'apologue qui a donné lieu à cette expression proverbiale : La Lune pria un jour sa mère de lui faire un manteau juste à sa taille. Eh ! ma fille, lui répondit la mère, comment cela se pourrait-il ? Tu n'es pas un seul jour dans la même forme, et tu croîs ou décrois continuellement ; ce manteau que tu me demandes ne serait plus bon dès qu'il serait fait. HISTOIRE GÉNÉRALE DES PROVERBES T1 C. De Mery 1828
Le coup du bon génie.
C'était un usage observé chez les Grecs, de boire à la fin du repas, tandis qu'on ôtait les tables, une coupe pleine de vin en l'honneur de Bacchus, comme père de la vigne. Cette coupe était appelée du bon génie ou de la divinité bienfaisante. Denys le tyran, après avoir pillé tous les temples de Syracuse, fit voile pour Trézène, où il avait enlevé toutes les richesses consacrées à Apollon et à Leucothée ou Ino, nourrice de Bacchus, entre autres une table d'argent qui était auprès du fils de Jupiter et de Latone, en disant par une plaisanterie sacrilège, qu'on vide la coupe du bon génie, c'est-à-dire, qu'on ôte la table, elle est maintenant inutile ; le dieu a dîné. HISTOIRE GÉNÉRALE DES PROVERBES T1 C. De Mery 1828
Les lions de la Grèce deviennent des renards à Éphèse.
Ce proverbe est fondé sur ces paroles attribuées à la célèbre courtisane athénienne Lamia, relativement au Lacédémonien Lysandre, qui, étant eu Ionie, abandonna les lois de Lycurgue, comme trop austères, pour s'abandonner à la vie voluptueuse qu'on menait dans l'Ionie. C'est manifestement une erreur, ce proverbe est plus ancien que le temps où vivait Lamia. Aristophane l'avait déjà employé dans la comédie de la Paix. HISTOIRE GÉNÉRALE DES PROVERBES T1 C. De Mery 1828
Il avance comme Callipides.
Proverbe auquel donna lieu un Grec nommé Callipides, qui était toujours en mouvement et qui cependant, ne parcourait pas en un jour l'espace d'une coudée. Erasme rapporte l'étymologie de ce mot de Callipides à un auteur tragique de ce nom, dont il est fait mention dans les apophthegmes lacédémoniens de Plutarque, et dont le corps exécutait des mouvements prodigieux sans changer de place ; tel on voit quelquefois dans une farce italienne un personnage représenter le plus leste des courriers sans faire un seul pas sur le théâtre. Ce fut aussi le surnom plaisant que les Romains donnèrent à Tibère, à cause de la lenteur qu'il mettait à exécuter ses projets, parce qu'en effet il semblait courir toujours et qu'il n'avançait jamais, comme l'exprime le proverbe grec. HISTOIRE GÉNÉRALE DES PROVERBES T1 C. De Mery 1828
C'est la femme de toujours.
Pour dire, c'est toujours le même homme, le même débauché. Ce proverbe est tiré de l'Oreste d'Euripide. Hélène, femme de Ménélas, roi de Sparte, envoie sa fille Hermione faire sur le tombeau de Clytemnestre les libations ordinaires et lui offrir ses cheveux, comme c'était la coutume dans un grand et véritable deuil ; Hélène n'en coupe qu'un petit bout, plus soigneuse de conserver sa beauté, qu'affligée de faire ce sacrifice aux mânes de sa tante. Electre, sa cousine, qui voit cette réserve irréligieuse, s'écrie : O Nature ! que tu es un grand mal pour les personnes mal nées, et un grand bien pour celles que tu daignes favoriser ! Voyez, voyez cette belle affligée, comme elle coupe le petit bout de ses cheveux ; son unique soin est de conserver sa beauté ; c'est la femme de toujours ! pour dire, c'est toujours la même coquette. Les anciens attachaient une grande importance à la conservation ou au sacrifice de leur chevelure. Les Lacédémoniens entretenaient la leur avec soin, parce que, disaient-ils, elle embellit ceux qui sont beaux et fait paraître plus terribles ceux qui sont laids. Les Grecs croyaient faire un sacrifice agréable aux mânes, en déposant leurs cheveux sur les tombeaux des personnes bien aimées. Les marins, pour échapper au naufrage, vouaient leurs cheveux à Neptune et se faisaient raser. Les jeunes Romains arrivés à l'époque de la puberté, consacraient leur chevelure dans le temple d'Apollon. On sait que Bérénice, femme de Ptolémée Évergète, roi d'Egypte, promit aux dieux le sacrifice de ses cheveux, si son mari, qu'elle aimait tendrement, revenait vainqueur de l'Asie. Le vœu fut exaucé, et la princesse suspendit sa chevelure dans le temple de Mars, d'où elle fut enlevée dès la première nuit. A la nouvelle de ce larcin, le roi entra dans une violente colère ; mais Conon de Samos, non moins bon courtisan qu'habile astronome, l'apaisa en lui donnant l'assurance que Zépbyre, par ordre de Vénus, avait transporté au ciel la chevelure de Bérénice, qui devint depuis une constellation. HISTOIRE GÉNÉRALE DES PROVERBES T1 C. De Mery 1828
On voit bien l'argent entrer à Lacédémone, mais on ne l'en voit jamais sortir.
Ce proverbe, dont parle Platon, voulait exprimer l'avarice des Lacédémoniens. Les règlements de Lycurgue relatifs au taux des monnaies, ne furent respectés que tout le temps que les Spartiates n'eurent d'autre ambition que de défendre et d'élever la gloire de leur pays ; mais quand l'ambition et l'amour des conquêtes s'emparèrent d'eux, et qu'ils eurent à soutenir des guerres étrangères, ils ne firent plus de cas de leur monnaie de fer, et soupirèrent après l'or et l'argent des Perses, dont ils étaient éblouis. Les circonstances excitèrent en eux l'envie des conquêtes dont les lois de Lycurgue avaient cherché à les garantir, et leur ambition, plus forte que ces lois, donna naissance à la plus sordide cupidité. HISTOIRE GÉNÉRALE DES PROVERBES T1 C. De Mery 1828
Les Athéniens pour la mer
C'était parmi les Grecs un proverbe commun. Les Athéniens passaient pour être supérieurs à tous dans l'art de la guerre maritime. Ils s'y adonnèrent cependant fort tard, au rapport de Thucydide ; mais les guerres qu'ils eurent à soutenir contre les Perses et leurs rivaux, leur donnèrent occasion de s'exercer à la marine et d'acquérir par leur tactique et par leurs victoires une supériorité incontestable. Il est de fait qu'ils ne commencèrent à devenir d'habiles marins que douze ans après la bataille de Marathon. HISTOIRE GÉNÉRALE DES PROVERBES T1 C. De Mery 1828
Le Bélier a payé l'éducation
Le sacrifice du bélier que les Athéniens offraient tous les ans au gouverneur de Thésée, a donné lieu à ce proverbe pour signifier que les peuples ne sauraient témoigner trop de reconnaissance à ceux qui ont bien élevé les princes, et que toutes les récompenses ne sont rien, si on ne les regarde comme des dieux. Plus de 1300 ans après la mort de Thésée, les Athéniens offraient encore des sacrifices à son gouverneur ; ils honoraient aussi en même temps la mémoire de Silanion et de Parrhasius qui en avaient fait des statues et des portraits. Plutarque les loue beaucoup plus des honneurs qu'ils rendaient au premier, que de ce qu'ils faisaient pour les deux autres. En effet, quelle comparaison peut-il y avoir d'un gouverneur qui forme un prince à la vertu, à un peintre et à un statuaire qui n'en représentent que les traits et les formes du corps. HISTOIRE GÉNÉRALE DES PROVERBES T1 C. De Mery 1828
A Athênes les figues succèdent aux figues
Cette expression d'Aristote est devenue proverbe. Il voulait faire entendre que la race des calomniateurs s'y multipliait tous les jours. Le sens consiste dans l'allusion au mot figue ou figuier d'où est venu le nom de sycophantes, c'est-à-dire traîtres. On désignait ainsi les dénonciateurs des Athéniens qui, au mépris de la loi, transportaient des figues hors de l'Attique. HISTOIRE GÉNÉRALE DES PROVERBES T1 C. de Méry 1928
